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2025/10/28 (火) 12:47~2025/11/10 (月) 11:37

  • wmt02379
  • Dec 18, 2025
  • 5 min read

Updated: Dec 21, 2025


 

2025/10/28 (火) 12:47

 

TROIS SCÈNES

 

On me pardonnera à nouveau de me citer (3 0ctobre 2021) :

 

C'était au Shimyô-in [1], que j'aimais tant parce que j'y retrouvais, comme si la nature imitait l'art, le décor qui avait inspiré au deuxième Danjûrô celui de Narukami, et que l'endroit me semblait un candidat valeureux pour la scène de la Combe aux Loups dans le Freischütz. Le moine y organisait chaque année un concert au moment de la floraison des rhododendrons, avec la participation du hautboïste, du clarinettiste et du bassoniste solos de l'Orchestre de Kyoto. Il y avait toujours une pièce de Milhaud (il y a toujours une pièce de Milhaud), et deux chats, Tochi et Buna, dont l'un était un mélomane averti, qui écoutait roulé en boule devant les musiciens quand on jouait du Mozart, quittait la pièce dédaigneusement, comme si on lui avait manqué de respect, dès qu'on passait à la musique française acidulée des années 20, et revenait au Mozart suivant. Il faisait l'enchantement de l'auditoire ! Un jour que le hautboïste jouait je ne sais plus quel solo, un oiseau sans doute considéra qu'on venait empiéter sur son territoire, et se mit à chanter contre la fenêtre coulissante de papier avec une virtuosité mécanique implacable. L'instrumentiste dit après la fin du concert qu'il avait ressenti une pression épouvantable de devoir se mesurer à une maîtrise aussi inhumaine

 

Et encore (30 avril 2022) :

 

La scène de la Combe aux Loups, je ne peux l'entendre que dans l'enregistrement Keilberth, que je me passais dans ma chambre d'adolescent aux tout débuts de la stéréo (...), et qui n'a pas bougé d'un ïota dans mon souvenir, sauf qu'elle est encore plus terrifiante dans la pureté du son digital. C'était pour l'adolescent que j'étais l'acmé du romantisme et de la terreur. Je l'ai emportée au fond de moi toutes ces années, quand je fais des pas dans mon petit jardin la nuit et que je sens une vague humidité dans la fraîcheur de l'air, une voix intérieure me dit invariablement "Die Nachtluft ist kühl und feucht". J'avais décidé que j'en avais trouvé le décor naturel face à la grotte du Shimyôin, dans cette sorte de précipice d'où jaillissent les cryptomères. Et voilà qu'elle me revient, infrangible, inégalable.

 


Tout ceci est-il transposable à la scène ? Sans doute vaut-il mieux garder son propre théâtre intérieur pour soi. On en jugera d'après la pauvre captation télévisée que Liebermann, alors intendant à Hambourg, proposa, dix ans après l'enregistrement Keilberth, de la production tristement littérale de Joachim Hess (direction musicale Leopold Ludwig). Et toujours pourtant avec le formidable Kaspar de Gottlob Frick.

 



*


2025/11/08 (土) 17:04

 

Saint Pétersbourg, fin du dix-huitième siècle. La Comtesse octogénaire, qui fit les beaux jours de la cour de Louis XV au temps de la Pompadour où l'on vantait en elle la "Vénus moscovite", se laisse aller à une rêverie préludant au sommeil en fredonnant un air du Richard Coeur de Lyon de Grétry qu'elle aurait chanté alors à la cour de Versailles. Peu importe au librettiste de La dame de pique que l'opéra de Grétry (1784) soit en réalité postérieur de près d'un demi-siècle à la période concernée : Tchaïkovski transfigure l'original banalement carré, au rythme du "coeur qui bat", en le traitant librement, comme au gré de l'improvisation de la vieille femme, et le rend immortel.

 

Je crains de lui parler la nuit

J'écoute trop tout ce qu'il dit

Il me dit je vous aime

Et je sens malgré moi

Je sens mon coeur qui bat, qui bat

Je ne sais pas pourquoi

 


https://www.youtube.com/watch?v=CzvtTMC2L0c    (prodigieuse Maureen Forrester. Ozawa et Boston ne sont pas mal non plus...)

 

Hermann, l'officier désargenté qui rêve d'arracher à la Comtesse le secret des "trois cartes" qui lui permettrait en gagnant au jeu d'obtenir la main de la nièce de la dame dont il est follement épris, s'est glissé dans l'obscurité de la chambre, et tente de faire parler la vieille femme épouvantée, qu'il menace en désepoir de cause de son pistolet. La Comtesse finit par mourir de peur sur trois accords secs et comme dénués de tout sentiment, sinon franchement ironiques à l'orchestre.

Le personnage, jusque là relativement secondaire (nous sommes aux deux-tiers de l'opéra), prend dans cette scène, ainsi qu'à l'acte suivant où il intervient sous forme de fantôme ou d'hallucination, on ne sait trop, un relief extraordinaire, et la Comtesse constitua le rôle ultime de toutes les grandes mezzos russes, ainsi que de quelques-unes de leurs consoeurs  occidentales. Mödl, octogénaire, y est fascinante,

 

 

et Crespin et Söderström se révèlent de prodigieuses actrices. Il n'y a pas de quoi s'en étonner aprés tout : quel acteur de théâtre parlé joue-t-il la comédie aussi souvent qu'une star de l'opéra ?



 

Obrastzova est vocalement stupéfiante,

 

 

mais sur l'ensemble j'accorderais volontiers la palme à un relatif second couteau, Ludmila Filatova,

 

 

1h50'05"-2h07'28"

 

qui donne par ailleurs le frisson dans la scène de l'apparition, souvent pauvrement traitée par le metteur en scène qui dispose pourtant là d'un véritable trésor dramatique et musical : quel gâchis !

 

2h15'15"-2h19'10"

 

 *

                                                    

2025/11/10 (月) 11:37

 

Plus rare encore que la Comtesse de la Dame, le Grand Inquisiteur de Don Carlos n'a quasiment qu'une scène, le duo avec le Roi, mais quelle scène ! Archétype de la basse profonde, il renvoie Philippe, qu'il écrase de son mépris de Grand d'Église, à sa nature vocale de basse chantante, et sa tessiture caverneuse rend compte de l'autorité inhumaine, sinon aveugle (à quatre-vingt-dix ans il l'est !), qu'il oppose en tant qu'avocat de la cause divine à la faiblesse du pouvoir politique, ce pouvoir fût-il celui d'un monarque absolu mais humain, trop humain. Ainsi sa réponse superbe à la question angoissée que lui pose le Roi :

- Puis-je immoler mon fils au monde, moi chrétien ?

- Dieu, pour nous sauver tous, sacrifia le sien.

Oui, car on l'oublie en effet trop souvent, à commencer par les stars internationales qui ne sont pas trop ravies les (rares) fois où on le leur demande de réapprendre le texte dans l'original, Don Carlos est un opéra français créé pour la "grande boutique" (l'Opéra de la rue Le Peletier), qui sonne comme une traduction tant on est habitué à l'entendre dans la version italienne. Je me souviens encore de mon étonnement de jeune homme à entendre pour la première fois Ella giammai m'amo dans l'original, dans une anthologie d'airs d'opéras français (Bizet, Gounod, Meyerbeer...) enregistrés dans les années 70 par Joseph Rouleau, belle basse noble canadienne à la déclamation délicieusement désuète.

 

 

Pour la scène du Grand Inquisiteur dans l'original français, qui ne court pas les rues sur You Tube, on remontera encore un peu plus loin : Jacques Mars et Xavier Depraz nous renvoient à un âge d'or de l'Opéra de Paris, dont on rappellera qu'il ne vint pas au monde avec l'ère Liebermann. Ils sont épatants !

 

 

En italien en revanche, on n'a vraiment que l'embarras du choix :

 

 

Talvela et Ghiaurov (Staatsoper 70) sont carrément monumentaux.

 

 

On n'aurait garde toutefois dans l'Inquisiteur d'oublier Hines, longtemps  le formidable titulaire du rôle au Met.

 

 

Il le chantait encore non sans vaillance pour son dernier concert à 80 ans,

 

 

et il avait anticipé son propre requiem avec son insurpassable enregistrement du "Last Chord" de Sullivan . Sa voix immense y fait merveillle. "Like the sound of a great Amen", definitely.

 

 



[1] Monastère bouddhique montagnard, à la source de la rivière Kamo qui alimente la partie orientale de Kyoto. Le grand acteur de kabuki Ichikawa Danjûrô II (1688-1758) y puisa l'idée du décor de grotte et de cascade d'une pièce célèbre de kabuki, Narukami, censée se dérouler dans le monastère en question.

 
 
 

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