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2025/12/03 (水) 16:00~2025/12/08 (月) 22:28

  • wmt02379
  • Dec 18, 2025
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Updated: Dec 22, 2025


 

2025/12/03 (水) 16:00

 

 

Nous voici en décembre, et je ne saurais omettre de parler de la Neuvième de Beethoven : d'aussi loin que j'aie été au Japon, et cela commence à faire un bail, j'ai été fasciné en effet par l'étrange frénésie qui s'empare alors du pays tout entier, conduisant formations symphoniques et associations chorales à programmer l'oeuvre jusqu'à plus soif. C'est au point que je décidai, voici une vingtaine d'années, de m'asseoir et de tenter une bonne fois pour toutes de comprendre les raisons de ce singulier phénomène. J'en tirai Le sacre de l'hiver (Les Indes savantes, 2004), ce qui conduisit sans doute les organisateurs de l'exposition consacrée en 2016 à la Philharmonie de Paris à Ludwig van - Le Mythe Beethoven à me demander pour leur catalogue un article reprenant les conclusions auxquelles j'étais parvenu. Voici de larges extraits de l'article en question.

 

Tout observateur demeurant suffisamment longtemps au Japon pour y percevoir les

phénomènes sociétaux récurrents d’année en année est amené à la singulière constatation suivante : décembre est le moment de la Neuvième Symphonie de Beethoven, programmée par l’ensemble des orchestres symphoniques professionnels sans exception, et interprétée jusque dans les zones les plus reculées du pays par d’innombrables formations chorales. Certaines d’entre elles, les « associations pour chanter la Neuvième » (daiku wo utau kai), n’ont d’ailleurs d’autre raison d’être que l’exécution de cet unique morceau, se réunissant à partir de l’été pour préparer, sous la direction d’un maître de musique local, le concert de fin d’année, souvent accompagné par l’orchestre symphonique professionnel de région.

Cet étrange phénomène pose (au moins !) trois questions : pourquoi la Neuvième, pourquoi décembre, alors que l’œuvre ne présente à l’évidence aucune connotation hivernale, et surtout pourquoi une si affolante unanimité ?

Le responsable bien involontaire de cette pratique est sans doute le chef Joseph Rosenstock, qui dirigea pendant une dizaine d’années l’Orchestre de la radio japonaise (l’actuel Orchestre symphonique de la NHK). Ce grand maître, pressenti pour prendre en 1933 la direction musicale de l’Opéra de Berlin, accédant ainsi à la tête de la scène lyrique allemande, avait dirigé le 31 décembre 1932 à la radio berlinoise un concert programmé pour que l’attaque du mouvement choral de la Neuvième coïncidât avec le passage à l’an nouveau. Mais la prise du pouvoir par Hitler (30 janvier 1933) l’avait bientôt cantonné à la direction de l’Orchestre du Jüdischer Kulturbund,

 

 

avant de le contraindre, en 1936, à s’exiler au Japon, où il semble avoir éprouvé la nostalgie du concert de la Saint-Sylvestre berlinoise qui avait marqué l’éphémère apogée de sa carrière ; ainsi aurait-il pris l’habitude d’inscrire la Neuvième au programme de son orchestre japonais dans les tout derniers jours de l’année. Lorsque Rosenstock quitte le Japon (non sans avoir dûment consacré son concert d’adieux à une Neuvième...) pour prendre en 1946 la direction musicale du New York City Opera, on assiste à la mise en place d’un phénomène qui ne peut plus aujourd’hui faire l’objet d’une explication pleinement satisfaisante, la documentation demeurant fragmentaire et les témoignages contradictoires. Voulut- on rendre hommage au maître qui avait joué auprès de l’orchestre, aujourd’hui l’une des grandes phalanges du circuit international, un rôle d’éducateur inégalable? Ou bien a-t-on pensé que, si le grand Rosenstock lui-même était à ce point attaché à programmer la Neuvième en fin d’année, c’est qu’il s’agissait là d’une vénérable tradition germanique qu’il importait d’observer avec une égale vénération ?

Quoi qu’il en soit, l’Orchestre symphonique de la NHK a depuis 1947 systématiquement programmé la Neuvième à l’approche du Nouvel An, procédant même, à partir des années 1975, afin de répondre à la ferveur croissante du public, à quatre ou cinq concerts invariablement donnés entre le 22 et le 27 décembre, à guichets fermés, dans une salle de trois mille places [1]. Il parut donc naturel aux associations orchestrales qui se constituèrent après la guerre dans l’ensemble du pays de faire de même, d’autant qu’elles y trouvèrent un puissant intérêt économique : l’engouement du public et des collectivités aidant, certaines formations, qui avaient vocation à rayonner sur une vaste région, en vinrent, dans le courant des années 1980, à assurer près de vingt exécutions de la Neuvième au cours du mois de décembre, effectuant comme une tournée de médecin de campagne auprès des associations chorales qui les sollicitaient. Le sommet de la vague se situe au tournant des années 90 : les neuf formations symphoniques professionnelles que compte à cette époque Tokyo donnent alors une cinquantaine d’exécutions de la Neuvième, et des manifestations babyloniennes mettant à contribution entre cinq mille et dix mille choristes sont organisées annuellement dans des Palais des Sports à Tokyo et à Osaka.

 

 

Le comble est atteint en 1994 lorsque le grand maître de la secte bouddhiste Sôka Gakkai, adepte fervent du « durch Leiden Freude [2] » beethovénien, organise dans un stade de base-ball de Fukuoka une Neuvième dont les chœurs sont constitués par les cinquante mille participants à la cérémonie... La simple constatation qu’un tel nombre de fidèles soient à même de déchiffrer, fût-ce passablement, une partition aussi complexe que le chœur de la Neuvième consacre évidemment le triomphe du système d’enseignement du solfège mis en place à la fin du xixe siècle dans le pays qu’on a pu dire le plus mélomane du monde, où la musique (occidentale) s’enseigne dès l’école primaire avec le même sérieux que les matières tenues chez nous pour principales.

Reste le mystère de cette fixation de tout un peuple sur une œuvre qui relève de toute évidence à ses yeux d’une sorte de rite hivernal. Tous ceux qui ont vécu au Japon savent l’importance de la coupure opérée par le Nouvel An, qui impose au cours des trois premiers jours de l’année, officiellement chômés, une parenthèse oisive dans le calendrier de ce peuple industrieux. Le rite rural de la nouvelle année, qui était celui de l’attente fervente d’une régénération agricole, était dans la campagne d’autrefois une affaire complexe qui pouvait s’étendre sur plusieurs mois. Or la civilisation moderne et l’exode rural ont conduit à une grossière simplification de ce rituel, sans toutefois apparemment en altérer la nécessité spirituelle. En ce sens, considérée comme une pièce d’hiver, fût-ce pour les raisons aberrantes que l’on sait, la Neuvième semble venir combler un vide liturgique en une période où les Japonais paraissent ressentir le besoin de se projeter dans l’année qui vient comme dans une ère nouvelle. Elle constitue donc comme une version laïque de la messe de minuit, œuvre testamentaire d’un artiste célébré comme un

« saint de la musique » (gakusei). Conformément au modèle doloriste autrefois proposé par Romain Rolland (la traduction japonaise de sa Vie de Beethoven fut dans les années 1920 le livre culte d’une génération), le compositeur apparaît en effet d’autant plus grand, sinon christique, que c’est en surmontant sa douleur physique et morale qu’il «crée la Joie lui-même pour la donner au monde ».

 

 

2025/12/08 (月) 22:28

 

Trouvé par hasard en naviguant sur You tube :

 

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Ce genre de proposition est bien entendu absurde : comment réduire l'oeuvre enregistré de pareille merveille à trois galettes, fussent-elles sublimes ? Mais ré-entendre un tel miracle vocal constitue un plaisir ineffable, et confirme que, oui, elle fut la plus grande et qu'elle manque atrocement, irrémédiablement.

Alors pour terminer l'année sur une oeuvre de saison, mais une vraie celle-là, on l'écoutera dans une Chauve-souris mémorable, en Rosalinde, après que cette assoluta (qui par dessus le marché avait commencé mezzo léger !) ait été dans une vie antérieure une délicieuse Adèle.

 

 

Je ne suis pas à vrai dire un inconditionnel de la Chauve-souris,  l'intrigue à base de coucheries croisées tous azimuts est au fond sinistre, et on a le sentiment que cette bourgeoisie friquée de fêtards frénétiques et désespérément vides valse sur un volcan, on sait d'ailleurs où ça la mènera trois quarts de siècle plus tard. Quoi qu'il en soit, dans un traitement traditionnel qu'on pourra juger suranné, voire exaspérant (le public applaudissant jusqu'à la mise en action à vue de la scène tournante !), la représentation du 31 décembre 1980 au Staatsoper a été préservée, et elle est quelque part miraculeuse.

 

 

Rien n'y manque en effet de la viennoiserie, à commencer par les stars  insurpassables de l'époque : Popp, Gruberova, Weikl, Fassbaender, Berry, Kunz, avec en prime un moment de grâce théâtrale absolue, le numéro prodigieux de Helmut Lohner dans le rôle parlé du gardien de prison alcoolique au début du III (ne le manquez pas, c'est à partir de 1h50'25"). C'est beau comme Chaplin et Keaton dans Limelight !

 

 




[1] En ce mois de décembre 2025, cinq concerts seront donnés les 20, 21, 23 et 24 décembre au NHK Hall, et le 26 au Suntory Hall sous la direction de Leonard Slatkin.

[2] La joie par la souffrance.

 
 
 

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