2026/02/06 (金) 15:44~ 2026/02/10 (火) 17:23
- wmt02379
- Mar 23
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Updated: Mar 24
2026/02/06 (金) 15:44
Remontant de trois ans dans les archives de ces Folies, je lis que "notre palme saisonnière revient à une reine des pirates, Virginia Zeani, qui, en tirant sa révérence au bel âge de 97 ans, aura donc survécu près d'un demi-siècle à la Divina qui l'avait dans le viseur, sinon dans le nez. Il est vrai que, d'une beauté de star hollywoodienne et possédant vocalement et dramatiquement tout ce dont on peut rêver, et même un peu plus, la capiteuse Roumaine promena dans les deux mondes pas moins de 648 (!) Traviata. Le miroir de Thaïs ne peut certes lui dénier sa transcendante beauté,
mais en revenant sur elle après trois ans, je constate que ses admirateurs ont exhumé l'an dernier pour le centième anniversaire de sa naissance de copieux extraits filmés d'une Traviata qu'elle donna dans le cadre d'une tournée effectuée en Roumanie en 65, dix-sept ans après avoir quitté le pays pour tenter l'aventure lyrique en Occident. Ce sont les seuls témoignages filmés de ses innombrables Traviata, ils sont pure merveille, à commencer par un "Addio del passato" immortel. Je mesure notre chance d'être conviés à pareille fête, et c'est avec une excitation indescriptible suivie d'une émotion profonde que j'ai découvert ce joyau.
Leyla Gencer, la Diva turca dont l'admirateur enamouré de l'une de ses captations estime à juste titre que no one today can shine the shoes, vient compléter le trio des cantatrices venues des mers orientales qui révolutionnèrent le monde du bel canto dans les bienheureuses années cinquante et soixante du chant. Elle avait tout, au moment où Callas s'enrhumait à jamais. Le Rigoletto du Colón avec Mc Neil est tout simplement à tomber, le public ne lui laissant même pas terminer Caro Nome et le duo de la vengeance finissant en pur délire vocal.
Et l'on ne peut, avec la diva vieillie s'attendrissant sur son glorieux passé, que s'émerveiller à un Non volerli vittime de Norma d'anthologie. Cette Norma qu'une cabale scaligère avait voulu lui interdire, comme si elle usurpait un rôle qui n'y avait plus été chanté par quiconque depuis Callas.
2026/02/07 (土) 22:36
Callas n'ayant dialogué au disque qu'avec des stars mondiales du genre Corelli, Bastanini ou Di Stefano, l'intérêt accessoire de Zeani et de Gencer est de nous introduire à des partenaires qui, s'associant à ces reines des pirates n'ont eu que le tort de prendre le mauvais train de l'histoire du chant : on ne peut ainsi que souscrire à ce qu'écrit un commentateur sur You Tube de l'enregistrement (1956) du duo du 1 de Butterfly : La Zeani è la Zeani. Nulla da aggiungere. Ma la sorpresa è Lazzari che fa sua la lezione di Schipa ed anticipa di poco quella di Kraus forse con un timbro ancora più dovizioso in un ruolo credo mai affrontato in teatro [1].
De fait le Lamento de Federico en live, dans un tempo lentissime qu'il faut savoir soutenir avec cette grâce et cette ductilité, est déchirant,
et le tenore di grazia sait quand il le faut se faire héroïque.
Gencer, de son côté, s'associa souvent avec un lirico spinto du nom de Gastone Limarilli qui avait été formé par Del Monaco, et qui ne fait pas honte, c'est le moins qu'on puisse dire, à son illustre maître, tant en duo à Vérone avec la diva
que dans un air d'André Chénier à tomber, et bien propre à susciter le délire du public.
Et que l'on ne me demande pas de choisir entre Callas-Bastianini (1955) et Zeani-Herlea (1968) dans le duo immortel de Traviata, c'est comme s'ils chantaient tout aussi légitimement un opéra différent.
2026/02/10 (火) 17:23
Au fait, la Scala vient, pour la première fois depuis un demi-siècle, de reprendre Norma : personne ne s'y était risqué depuis l'incandescence de Callas (52, 55),
le dramatisme de Gencer (65)
et le hiératisme de Caballé (72,77).
Dans la récente mouture, seul Pertusi en Oroveso était alors de ce monde, puisque né l'année même de la Norma scaligère de Gencer. Il accuse aujourd'hui ses soixante ans, et il n'est pas toujours recommandé à l'opéra d'avoir l'âge du rôle. Le Pollione est un gros veau à l'ancienne qui massacre son air et se fait huer : image et son, Corelli peut dormir tranquille. Py, son métadiscours ridicule et ses inévitables éphèbes dépoitraillés suscitent une telle bronca à la fin des saluts de la première que la direction du théâtre doit baisser le rideau en catastrophe : on ne se paye pas de billevesées avec le loggione de la Scala.
Restent une Norma et une Adalgisa vraiment exceptionnelles, et nullement indignes de leurs illustres devancières.
[1] Zeani est Zeani. Rien à ajouter. Mais la surprise vient de Lazzari qui fait sienne la leçon de Schipa et devance légèrement celle de Kraus, peut-être avec un timbre encore plus riche dans un rôle qu'il n'a, je crois, jamais abordé au théâtre.
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