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2025/11/26 (水) 19:09

  • wmt02379
  • Dec 18, 2025
  • 3 min read

Updated: Dec 21, 2025


 

 

2025/11/26 (水) 19:09

 

C'est un concert à Pleyel de l'Orchestre National de l'ORTF, placé sous la direction de Richard Kraus. On est en avril 65. S'agit-il d'une exécution complète ou d'extraits de Lohengrin, l'histoire ne le dit pas. On dispose de l'air du deuxième acte d'Elsa

 

 

et de l'intégralité de la scène 2 du troisième acte, soit la fin de l'opéra avec les deux airs de Lohengrin.

 

 

La distribution est exceptionnelle.

Windgassen, pas obligatoirement dans l'un de ses meilleurs jours, y donne quoi qu'il en soit son admirable Lohengrin chambriste. J'ai une tendresse particulière pour l'homme,

 

 

et je n'oublie pas qu'il fut un hilarant Orlofsky, il n'y a pas que Wagner dans la vie.

 



Grümmer est telle que je la décrivis dans une Folie de 2023 que je me borne à reprendre ici dans ses grandes lignes, n'ayant rien de fondamental à ajouter ni à soustraire à ce panégyrique. Elle était d'âge en effet à accompagner mes premières découvertes lyriques. J'y reconnaissais un concentré d'émotion, sans doute y a-t-il quelques raisons à cela : née allemande à Thionville en 1911, elle en fut chassée comme boche à l'armistice pour Meiningen, perdit son mari, premier violon à Aix la Chapelle, dans un bombardement à la fin de la guerre de 40, et vécut apparemment ensuite dans son souvenir. Professionnellement, elle fut soigneusement écartée par Schwarzkopf de tous les enregistrements produits par Legge que la diva considérait comme sa chasse gardée discographique. Heureusement que cela ne pouvait concerner ni Weber ni le premier des deux Richard, c'est ainsi que je la découvris à l'adolescence dans Agathe,  

 

 

et avec la grande Christa [1], une autre et non la moindre de mes passions, dans le Lohengrin pour enterrer tous les autres : 

 

 

Tout d'elle serait à citer (sinon à tomber à genoux), sans doute y reviendrai-je quelque jour :

 

 


Formidable Kaspar du Freischütz,

 

 

jubilatoire bourgmestre de Zar und Zimmermann,

 

 

Kurt Böhme est un Henri l'Oiseleur de belle tradition. Reste Ortrud, cantonnée ici à ses éructations finales, alors que sa titulaire constitue en réalité la principale motivation de la présente chronique car cette wagnérienne qui venait de donner en 73 dans un opéra de province allemand la Brünnhilde du Crépuscule des Dieux sous la direction du chef local, ne trouva rien de mieux que d'aller se double-suicider trois mois plus tard aux gaz d'échappement avec ledit chef dans la forêt bernoise : on a les shinjû [2] qu'on peut, il faut vivre -ou en l'occurrence mourir- avec son temps. Il ne reste pas grand chose à voir ni à écouter de la carrière relativement confidentielle d'Isabel Strauss, même si on tient en grande estime son enregistrement du rôle de Marie dans le Wozzeck enregistré en 66 à Paris par Boulez, qui ne travaillait pas avec n'importe qui :

 

 

 

On devra donc se contenter d'une vidéo de Tiefland (Les basses terres), un mélo vériste allemand à peu près injouable, sinon insupportable, en dehors des limites de la germanité. Elle sait, en wagnérienne qu'elle est, satisfaire aux exigences d'un rôle singulièrement exposé de grand soprano dramatique, et on peut, parce que c'est la seule occasion qui nous soit donnée de voir en action sur la durée cette magnifique artiste au destin si extraordinairement touchant, sacrifier deux heures à ce devoir de mémoire. 

 

 


[1] Ludwig.

[2] en japonais, double-suicide, thème de nombre de drames écrits pour le théâtre de marionnettes bunraku par le grand dramaturge Chikamatsu Monzaemon (1653-1725), et souvent adaptés par la suite au kabuki.

 
 
 

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