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2026/05/24 (日) 22:55

  • wmt02379
  • Jun 14
  • 2 min read

2026/05/24 (日) 22:55

 

J'emprunte en l'adaptant et en l'explicitant par endroits au mot que j'ai adressé de retour chez moi à l'ami français grand amateur de kabuki qui se reconnaîtra.

 

Excellente représentation de Sukeroku [1] ce jour au Kabuki-za. Danjûrô [2] est très bon. Malheureusement dans pareil spectacle, l'absence quasi totale des yago, les encouragements rythmés prodigués "on the beat" par une claque spécialisée, sinon stipendiée, est tout de même très frustrante, pour rester poli : Shôchiku [3] apparemment s'en contrefiche et ne mobilise plus ses troupes, et on a l'impression d'une corrida sans ollés, ou pire, d'un match de foot sans public. Le phénomène m'a été expliqué par Ônuma, l'ancien directeur du Kabuki-za qui est un vieil ami. C'est lié au covid, les claqueurs étaient invités à modérer leurs hurlements pour éviter les projections de salive, et le truc n'est pas revenu, les spectateurs réagissant mal au procédé. En revanche, le public s'est mis à applaudir d'une manière mécanique et idiote, affadissant de plus rythmiquement le temps fort du jeu de l'acteur qui n'est plus ponctué ni donc mis en valeur par l'intervention sêche du claqueur. Les salles sont en effet  bondées d'un public de femmes au foyer qui n'a plus aucun repère et se comporte comme un gigantesque badaud. De ce point de vue, je ne retrouve plus le kabuki de ma jeunesse, qui était fondé sur une formidable connivence entre l'acteur et son public, et générait parfois des apostrophes d'une saveur jubilatoire, comme celles que j'entendais dans mon enfance dans les travées du Parc des Princes, du style, s'agissant de  "Monsieur Joseph" Ujlaki, un demi du Racing (on ne disait pas "milieu" à l'époque) qui se contentait de marcher, et ne se réveillait que pour tirer (et marquer) les coups francs : "Qu'est-ce qu'il fait ? - Il visite le stade". J'ai retrouvé sur le net trois minutes d'une célèbre tirade du personnage de Sukeroku (les claqueurs s'écrient : "je t'attendais là"),  dans l'interprétation du grand-père de l'actuel Danjûrô [4], acteur mythique disparu lui aussi trop tôt, que je n'ai donc pas connu, et dont on me parlait pour le coup comme d'un Gérard Philipe. On admirera comment le jeu et la déclamation de l'acteur appellent l'intervention "on the beat" du claqueur, et l'on peut imaginer combien le tout tombe à plat quand pareille dimension du spectacle disparaît.

 



[1] Pièce du début du dix-huitième siécle emblématique du kabuki d'Edo, l'ancien Tokyo. Le héros éponyme, habitué du quartier de plaisir où il partage la passion amoureuse avec la plus belle des courtisanes, est un dandy séduisant et provocateur.

[2] Ichikawa Danjûrô XIII (1977-   ), acteur.

[3] La compagnie de production de spectacles qui gère le monde du kabuki.

[4] Ichikawa Danjûrô XI (1909-65), acteur.

 
 
 

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