top of page
Search

2026/06/06 (土) 4:47~2026/06/07 (日) 14:36

  • wmt02379
  • Jun 14
  • 3 min read

Updated: Jun 14

 

2026/06/06 (土) 4:47

 

Il n'est plus d'heure, et dans un demi-sommeil qu'accroît encore le caractère hypnotique de ces danses et de cette musique, je tombe sur un "pas de quatre" envoûtant, il n'y a pas d'autre mot, du kraton de Surakarta [1]. Je suis décidément fou de ces danses, et je me dis de plus en plus que si c'était à refaire, et dieu sait si j'aime le kabuki, j'aurais tenté l'Indonésie.

 



2026/06/07 (日) 14:36

 

Jeune étudiant, j'avais caressé l'idée d'une thèse sur Artaud, qui m'avait orienté vers le théâtre balinais, et j'avais lu avec passion les travaux des anthropologues des années trente qui s'y étaient un temps installés autour de Margaret Mead et de Gregory Bateson. Je me souviens notamment de l'étude de Jane Belo sur la transe, et du cas de conscience de l'ethnologue assistant à un spectacle de "théâtre" populaire local : comment faire pour ne pas appeler un médecin quand un danseur qui dans ce cas précis, et pour d'inavouables raisons, ayant simulé à l'évidence la transe (laquelle en principe en raidissant le corps le rend invulnérable), se blesse devant vous en se frappant la poitrine de son poignard recourbé, baigne dans son sang et semble agoniser ? Arrivé au Japon, je n'avais eu de cesse de me rendre à Bali, et je m'étais acoquiné avec des allumés genre sectaire qui gravitaient autour de l'Ambassade d'Indonésie, et se réunissaient au domicile toujours plongé dans la pénombre d'une sorte de gourou japonais qui avait écrit pour une édition de poche un ouvrage de vulgarisation sur le théâtre d'ombres à Java. J'avais donc prévu dans mon voyage un aller-retour de Bali à Jogjakarta, où je passai toute une nuit à assister sur un tréteau de fortune aménagé en pleine rue à une interminable représentation de wayang kulit, qui est en fait un art de la narration, les effigies maniées par le récitant lui-même ne bougeant guère sur un écran fantômatique. Le dimanche matin, je m'étais rendu au kraton, le palais du sultan, une bâtisse plutôt sommaire d'ailleurs au milieu de la ville, et j'y avais assisté aux répétitions du gamelan et des danseurs (je crois que ça n'existe plus tel quel, et que ça a été transformé en un pitoyable "Kodak show" pour les touristes). Les vieux maîtres corrigeaient impitoyablement ce qui devait l'être dans les attitudes des jeunes nobles de cour qui s'exerçaient sans prêter attention au public.  Parmi les chants d'oiseaux et dans l'odeur enivrante des fleurs de frangipaniers, j'ai gardé de ce que j'ai vu et entendu alors l'impression ineffaçable que décrit Aragon, qui disait qu'il n'avait "jamais rien vu d'aussi beau en ce monde", et je suis aujourdhui encore avec délectation, quoique par éclipses, la production que le kraton de Jogja diffuse sur You Tube avec un extraordinaire activisme, et un  art consommé de la prise de vues. La majestueuse lenteur de l'entrée en scène des danseuses de ce bedhaya (à partir de  43'35") vaut comme une apparition, le reste (jusqu'à 1h27'45") est à rendre les armes,  

 

 

les hommes aussi ayant oublié d'être mauvais  (de 1h02'20" à 1h18'57"),

 

 

le tout sans parler de la musique, la seule en dehors de la tradition classique occidentale à me toucher à ce point. Quoi qu'il en soit, quel étrange pays islamique que celui où l'on peut admirer ces pulpeuses créatures aux gracieuses épaules découvertes exécuter leurs enivrantes danses chaloupées pour le plaisir du sultan. Que font-elles quand elles regagnent le vestiaire, est-ce qu'elles recoiffent le voile ? Le petit clip suivant, où l'on retrouve au naturel quelques-unes des belles créatures fardées qui, bien qu'anonymes, me sont désormais plus familières que les rejetons des acteurs de kabuki de ma jeunesse, lesquels n'ont souvent plus d'autre légitimité que celle que leur confère leur état-civil, apporte quelques éléments de réponse.


 

À quelques encâblures à l'est de Jogjakarta, le sultanat de Surakarta, ou Solo, possède son propre kraton et sa tradition de danse, plus conservatrice qu'à Jogja où les monarques considèrent de leurs prérogatives et de leur gloire de jouer les chorégraphes contemporains et d'apporter leur contribution au répertoire. Solo observe donc non sans quelque sentiment de supériorité le devenir artistique décadent du sultanat voisin. La manière, au son d'un gamelan comme chambriste et d'autant plus prenant, y est plus hiératique qu'à Jogja, plus horizontale aussi alors que Jogja joue sur la profondeur du plateau, et les danseuses à Solo travaillent plus sur  le maniement de la ceinture de soie, avec cet ineffable rejet par le pied, comme impatienté, du pan inférieur du sarong.


 

On n'arbitrera pas : tout ceci, à l'est comme à l'ouest, est de toute façon à tomber.

 

 



[1] Le kraton est le Palais du Sultan. Des spectacles musicaux et dansés y sont régulièrement donnés par la troupe royale.

 
 
 

Recent Posts

See All
FOLIES FRANCAISES PRINTEMPS 2026 - AVANT-PROPOS

Où l'on constatera qu'opéra et kabuki se partagent équitablement (quoique dans cet ordre tout de même) les passions du chroniqueur, et qu'Aragon avait quelque raison de dire des danses royales de Java

 
 
 
2026/04/11(土) 23:44~2026/04/15 (水) 21:45

2026/04/11(土) 23:44 Le dernier jour de sa mission d'ambassadeur de France au Japon (1921-27), Claudel intègre à un horaire déjà épouvantablement chargé une visite au théâtre de kabuki Shimbashi Emb

 
 
 
2026/04/21(火) 18:01~2026/04/25 (土) 19:18

2026/04/21(火) 18:01 L'air du prince Yeletski dans La Dame de Pique compte à n'en pas douter parmi les mélodies les plus sublimes du répertoire. Tous les grands barytons russes s'y illustrèrent, mais

 
 
 

Comments


  • Facebook
  • Twitter
  • LinkedIn

©2021 by Folies françaises 2020. Proudly created with Wix.com

bottom of page