2026/08/03 (月) 13:44
2026/08/03 (月) 13:44
Je suppose que c'est pour me souhaiter moi-même mon anniversaire : je retombe absolument par hasard sur ce formidable bout d'essai tourné par Rosa Ponselle en 1936 pour la MGM. Ponselle, qui enregistrait depuis sa... dix-neuvième année et avait toujours combattu le trac, commença à avoir des problèmes dans l'aigu vers sa quarantième année (elle était née en 97), et souhaita se tourner vers des rôles plus graves, tel que Carmen qu'elle avait commencé à chanter au début des années 30. Elle avait de la bohémienne la vision libérée, sinon déjantée dont on jugera,
et qui choqua la critique américaine puritaine, habituée dans le rôle à la tradition de bon ton en vigueur à l'Opéra-Comique qui avait traversé l'Atlantique. Elle fut traînée dans la boue par la presse suite à une série de représentations de la fin 35, bien que le public ait raffolé de sa version violemment sexualisée où elle n'hésitait pas à briser son image de déesse intouchable du Met, et l'on ne croira pas que de rage elle mit fin purement et simplement à sa carrière scénique après ce live miraculeux d'avril 1937 à Cleveland,
se consacrant dès lors à coacher celles et ceux qui allaient devenir les stars de l'après-guerre (Price, Sills, Domingo, Milnes, Ramey ou Kaibavanska). Faut-il rappeler que Callas la considérait comme son idole vocale et son unique source d'inspiration, et qu'elle déclara quelque jour que "we all know that Ponselle is simply the greatest singer of us all". Faut-il aussi rappeler en l'occurrence que c'est à Ponselle, coachée par Serafin comme il le ferait vingt ans plus tard pour Callas, qu'il revint à la fin des années vingt de resortir de la poussière Norma, que l'on n'avait plus donné au Met depuis quarante ans et que l'on croyait devenue techniquement inchantable et statufiée dans le marbre ? On se contentera de ce que le disque nous a laissé, la grande scène d'ouverture autour de Casta diva,
et Mira o Norma avec Marion Telva, l'une des principales mezzos du Met de l'époque (elles ont exactement le même âge) qui tient très honorablement sa place.
On retrouve d'ailleurs ladite Telva dans un prodigieux enregistrement de 1935 par Toscanini de la Missa Solemnis aux côtés de trois stars (Rethberg, Martinelli et Pinza). Je ne résiste pas à en citer le passage que je mets toujours au dessus de tout (peut-être dans l'oeuvre de Beethoven tout entière ?), l'intervention de l'Esprit Saint (en l'occurrence le premier violon du New York Philharmonic de l'époque, Mishel Piastro) dans le Sanctus, à partir de 7'45".
J'assaisonne cela d'une miraculeuse exécution d'aujourd'hui, ou presque (Liviu Prunaru, le Konzertmeister du Concertgebouw avec Harnoncourt, cette fois à partir de 7'12"),
et je trouve que je me serai finalement souhaité un agréable anniversaire : on n'est jamais si bien servi que par soi-même.
Comments