2026/08/29 (土) 17:26~2026/08/29 (土) 21:23
2026/08/29 (土) 17:26
En naviguant sur le net je tombe par hasard sur Mady Mesplé dans l'air de Zerbinetta (Aix, 1966). Je ne l'associais pas volontiers au répertoire allemand, encore qu'il ne m'aurait pas surpris de l'entendre dans la Reine de la Nuit, mais pas dans Strauss et surtout dans un air linguistiquement aussi exposé. Son allemand est d'ailleurs appréciable, sa caractérisation charmante et sa copie confondante : le public ne s'y trompe pas, qui l'applaudit avant même la fin de ce numéro à décourager jusqu'à la notion d'abattage.
Je ne suis pas a priori un grand amateur de Mesplé, dont je n'ai jamais apprécié l'émission nasale, mais sa virtuosité impose toujours le respect. Je l'ai entendue à Garnier dans Lucia, et surtout je garde le souvenir d'une Rosine exceptionnelle, au point que je crois n'avoir jamais entendu à la scène pareille virtuosité. Il s'agissait d'une série de représentations données à Favart en 1971, en français. C'était juste avant l'ère Liebermann, et on était donc à la toute fin de l'époque où l'on chantait encore parfois en traduction et où l'on distribuait des sopranos dans Rosine, écrite pour une mezzo colorature, ce qui dénature l'oeuvre et conduit d'ailleurs à tripatouiller musicalement les ensembles vocaux.
Je ne me souviens pas de ce qu'elle pouvait chanter dans la scène de la leçon de chant, admirable chef-d'oeuvre pourtant de théâtre musical, on en jugera,
mais il semble qu'elle était coutumière, autre tradition aujourd'hui impensable, d'extrapoler alors des airs à cocotte du style du Carnaval de Venise ou des Variations de Proch. Elle ne les a hélas pas gravés (ou ils ne sont pas sur You Tube...), mais c'est une excellente occasion d'écouter le rossignol mythique (et inégalable...) auquel elle succédait générationnellement.
Heureuse époque au fond, où dans certaines représentations de gala de la Chauve-souris au Staatsoper on faisait venir les stars de l'époque, pour s'illustrer hors de leur répertoire habituel au cours de la soirée donnée chez le Prince Orlowsky. Karajan a gravé cela dans le marbre dans son enregistrement de 1960.
Tebaldi Vilja
Corena Domino
Nilsson I could have danced all night
Del Monaco Passione
Berganza Berceuse
Sutherland Il bacio
Björling Dein ist mein ganzes Herz
Price Summertime
Simionato Bastianini Anything you can do
Welitsch Wien, Wien, nur du allein
2026/08/29 (土) 21:23
Revenons à nos moutons chanteurs : les représentations du Barbier de 71 sont restées célèbres du fait que Roger Soyer y était amené à bisser chaque fois l'Air de la calomnie, c'était devenu comme une tradition alimentée par la presse. Il était alors au sommet de sa jeune célébrité, imposant sa prestance physique dans le Don Giovanni d'Aix. On se contentera de la VO de son air de Basilio.
Son Méphisto de Faust avec Gedda est aussi resté légendaire, dans la mise en scène de Lavelli qui fit un scandale que l'on est bien en peine aujourd'hui d'imaginer vu les horreurs que l'on voit quotidiennement à l'opéra depuis que le Regietheater y est devenu la norme. On avait coupé le ballet, les soldats chantant "Gloire immortelle de nos aïeux" revenaient éclopés de la guerre, la seule innovation qui fut bien accueillie par le public est qu'on donnait enfin l'air de Valentin, absurdement coupé depuis un siècle à Garnier au nom de je ne sais quel purisme ridicule sous prétexte qu'il avait été composé après coup, pour complaire au baryton de telle reprise londonienne. J'ai déjà eu l'occasion de remarquer que les touristes de passage à Paris devaient être surpris de ne pas l'entendre !
Gedda, qui détestait le rôle de Faust, le jugeant ridicule et une caricature de Goethe, se faisait un plaisir d'arriver au début de l'oeuvre sur le plateau nu, déclenchant les rires du public en montrant du geste que de fait il n'y avait "rien" sur la scène. Les rires étaient encore plus francs les jours où l'on jouait sans décor du fait des grèves de machinistes, courantes sous l'ère Liebermann, patron à poigne de l'illustre maison. Gedda est l'une de mes passions, à commencer par son premier récital discographique autour de ses trente ans, où cet hyperpolyglotte né en Suède d'un père russe et élevé en Allemagne se faisait un plaisir de chanter dans quatre de la dizaine de langues qu'il maîtrisait à la perfection. Je me livre à une torture délicieuse : ne donner de ce trésor qu'un air par langue.
Ah lève-toi soleil
Parmi verder le lagrime
Ach so fromm
Kuda, kuda
Je ne sais comment ni pourquoi j'avais fait à l'adolescence l'acquisition de son enregistrement du Devin du Village,
avec Janine Micheau et Michel Roux : était-ce parce que j'avais découvert avec surprise que Rousseau avait été un musicien professionnel, et que l'oeuvre, qui resta au répertoire jusque vers le milieu du dix-neuvième siècle (et dont Mozart avait tiré Bastien et Bastienne), connut un tel succès que Marie Antoinette soi-même chanta Colette dans son théâtre du Hameau ?
En fait, Rousseau gagnait sa vie en copiant des partitions, occupation qui lui rapportait plus que la Nouvelle Héloïse, le plus grand succès romanesque du siècle en cette période où Beaumarchais n'avait pas encore inventé les droits d'auteur. Le Devin devait d'ailleurs jouer un rôle gigantesque dans ma pauvre vie, car c'est en proposant en 1983 au jeune directeur de l'Institut franco-japonais de Tokyo, où j'enseignais alors la littérature française, de monter dans sa salle polyvalente cette pièce (amputée vu les moyens dont nous disposions de son ballet, de son choeur et avec un orchestre réduit à quatre musiciens baroques...), que je commençai bien modestement ma carrière de metteur en scène lyrique en utilisant à cet effet pour les trois rôles solistes mes anciens élèves de l'Université des Arts, qui conjugue à Tokyo les fonctions de Conservatoire national de musique et d'École des Beaux-Arts. Béatrice Didier, qui assista à une reprise que nous donnâmes l'année suivante en marge d'un colloque franco-japonais sur le dix-huitième siècle, eut la bonté de nous consacrer une critique fort élogieuse dans la revue Europe ("Jamais, écrivait-elle, nous n'avions vu un Devin aussi séduisant"), et c'est ce spectacle pourtant bien modeste qui me mit le pied à l'étrier, puisqu'avec des éclipses j'allais consacrer le reste de ma vie active à cette enivrante, et aujourd'hui nostalgique occupation.
Comments